Découverte de l’artiste et skateur, Youri Fernandez. Il nous dévoile les phases cachées de sa vidéo ON – OFF visible ici co-filmée par Jérémy Hugues de chez Ekarr Production.

  • La vidéo ON / OFF a une histoire particulière, peux tu nous faire un résumé de l’enchaînement d’idées fondatrices du projet ?

« A l’époque on a monté le collectif FLVR. L’objectif c’était de mélanger l’univers du skate à celui des arts plastiques. Nous avons produit des planches de skate en collaboration à chaque fois avec des gens différents qui ne venaient pas forcément de l’univers du skate. Cela a aboutit à une exposition de Benjamin Artola (artiste basque) dans la Galerie L’ermitage de Iouri Camicas à Paris. Pour le vernissage de l’expo, on s’est demandé ce que l’on pouvait préparer. On s’est dit que de se retrouver dans les sous-sol d’une galerie d’art à faire du skate, ça pouvait être une bonne idée. Mais on voulait exploiter l’idée du skatepark d’une manière différente, du coup, a fabriqué une micro-rampe qui mélangerait musique et skate. Pour les tests, je faisais des allers-retours sur la rampe, cela créait un son répétitif. Ce rythme mené par les mouvements du skate était accompagné par une bass et de la musique électro. En se mettant tous au même tempo, la performance présentait le skate comme un ‘instrument’. »

« Ce projet a perduré pour arriver au festival BALEAPOP avec une rampe de skate plus grosse, et 2 micro-rampes, chaque jour les performances étaient réalisées avec des musiciens différents. Pour arriver au dernier jour avec Petit Fantôme, le public a beaucoup aimé, on a considéré ça comme un succès. On a décidé de faire un vinyl en proposant à chaque musicien de refaire une prise son à partir du son du skate que l’on avait enregistré. Il a fallut retravailler le tout en studio en gardant l’énergie de cette performance et en faire une musique qui serait sur le vinyl. On a donc fait 4 titres et décidé de faire un clip du morceaux réalisé avec Petit Fantôme. L’idée étant de réaliser une vidéo pour promouvoir la production de nos skates mais aussi d’en faire une réalisation artistique. »

« Chaque rampe que l’on fabrique aura une taille différente, et donc, un tempo différent car le skate fera des allers-retours plus ou moins rapides en fonction de la taille de la rampe. Nous avions donc baptisé ce projet How Many BPM ? (Combien de battement par minute ?). « 

« C’est l’explication de la première image de la vidéo ON OFF : le métronome. »

« Toujours dans la vidéo ON OFF, nous avions décidé de réaliser un effet visuel avec un budget inexistant. L’effet en négatif du skateur qui suit le rythme de la musique. Cet effet aurait pu s’obtenir grâce à un gros travail de post-production. Mais nous, on a choisi de le faire ‘maison’ et donc d’habiller notre skateur en blanc sur des images filmées la nuit et en noir pour les images filmées le jour. »

« Le passage Jour/Nuit se fait sur chaque ‘Clic’ du métronome, comme un Pile / Face, Gauche / Droite, Recto / Verso, Positif / Négatif… l’idée du basculement… »

« Voilà comment on en est arrivé à là…la vidéo ON / OFF ! »

  • Quelles ont-été tes influences pour ce projet ?

« Au niveau des influences, dans l’univers du skate je pourrais citer la vidéo Cross Walk. Où entre chaque partie de skate il y avait une partie clip créatif. Comme par exemple la vidéo Yeah Right, vidéo de la marque Girl. Ces vidéos présentent toujours un mélange entre l’art et le skate de manière inter-coupée. »

« Par rapport au principe du négatif, il y a une influence qui était un clip de Die Antwoord (un groupe de musique sud-africain ) graphiquement j’ai trouvé ça puissant. Donc c’est sûrement l’une de mes premières sources d’inspiration. »

« J’ai pas mal parlé de mon idée et me suis rapproché d’amis vidéastes, Alex Heitler (vidéaste indépendant) et Jérémy Hugues de chez Ekarr Production. Les deux ont des regards différents avec leur propre univers. Jérémy gérait les plans dynamiques où il fallait suivre le sujet en skate ; Alex était lui, sur des plans de coupe et des plans complémentaires. « 

  • Combien de temps a duré le projet ?

« Alors je ne sais pas à quel moment j’ai eu l’idée mais je sais qu’on a mis à peu près un an pour tout réaliser. C’est quelque chose qu’on n’avait jamais fait, il fallait voir ce qui allait fonctionner, et jusqu’où on pouvait aller… on a testé différents plans, et fait le montage au fur et à mesure. Cela a donc pris pas mal de temps. »

  • Tu as voulu transmettre quoi à travers cette vidéo ? Une émotion ? Une ambiance ?

« Je pense que l’émotion est amenée par la musique de Petit Fantôme qui est une musique assez mélodique voire épique avec les choeurs… « 

« Et l’idée du pourquoi utiliser cette technique-là, c’était de mettre en avant (sur une deuxième lecture) le côté chorégraphique. Comme on a filmé la même chose de jour et de nuit, on réalise que le skateur est capable de refaire plusieurs fois la même chose. Le cameraman doit lui aussi reproduire les mêmes mouvements. Il fait donc partie de l’action. »

« Ce que j’ai voulu transmettre, c’est surtout ce côté chorégraphique, je voulais que cela plaise à des skateurs bien sûr, mais aussi que notre vidéo soit perçue comme un clip avec des danseurs sur une musique, du coup, on a pu toucher un public plus large. »

  • Terminer un projet réveille chez toi de nouvelles idées ?  

« Alors oui, notamment dans ce projet, il y avait 4 musiques au départ…il n’est pas impossible que nous réalisions un clip sur une musique de Vincent 2000. Je cherche des financements, donc le projet reste encore confidentiel. Je peux juste vous dire que cette vidéo sera filmée de nuit et conservera le concept de dualité de la vidéo On Off. Vincent 2000 est un ami faisant partie de Dômes. Dômes c’est une sorte de label où on met l’accent entre la musique et différents créateurs. On organise donc des soirées et des évènements. »

  • Tu peux nous citer 3 artistes qui t’inspirent ?

« Dans l’art contemporain je dirais : James Turrell : il utilise la lumière et les formes pour créer un effet d’optique. »

« En réalisations cinématographiques, Michel Gondry : ses vidéos et sa manière de créer des effets ‘à la main’ et un univers particulier. »

« Steve Reich qu’on connaît plutôt pour sa musique, réalise également des vidéos, des clips et notamment une oeuvre opératique : The Cave qui date de la fin du siècle dernier (1993) où il amene dans l’univers de l’opéra une oeuvre sans chanteur ; qu’il va remplacer par des écrans vidéos et des artistes qui font de la musique grâce à un clavier d’ordinateur. En plus de générer de la musique, les artistes modifient la vidéo projetée. Je trouve ce genre d’oeuvre inspirante car il n’y a plus de limite entre les différents arts et les passerelles sont multiples. Cela permet de désacraliser l’art contemporain. »

Merci Youri !